Le fils du dramaturge humoriste Tristan BERNARD, le cinéaste Raymond BERNARD (1891-1977), répond aux questions de Jean José MARCHAND au sujet de sa vie et de son oeuvre ainsi que de celle de son père lors d'un entretien enregistré le 4 décembre 1973.
Raymond est le second fils de Tristan BERNARD. Il raconte son enfance dans un langage châtié teinté d'humour évoquant par de nombreuses anecdotes les relations de sa famille avec Alphonse ALLAIS qui était leur voisin. Adolescent, il se passionne pour le théâtre et rêve d'être acteur. Il entâme une brêve carrière et grâce à son père, il jouera avec Sarah BERNHARDT dont il dresse un portrait très touchant. Sa carrière est interrompue par la guerre. Il ne la reprendra pas car il se tourne vers le cinéma grâce au cinéaste Jacques FEYDER qui avait sollicité Tristan pour lui écrire une série de petits films comiques. Par curiosité, il demande à assister aux tournages du réalisateur. Il commence par l'aider et finit par devenir son assistant. FEYDER étant appelé à une période militaire, Léon GAUMONT lui demande de terminer la série et c'est ainsi qu'il débute dans la réalisation avec "Le ravin sans fond". 
Jean José MARCHAND l'interroge ensuite sur la personnalité de FEYDER, l'homme qui lui a tout appris au cinéma. Il décrit le système de production en France au tout début des années vingt et particulièrement au sein de la maison Gaumont en racontant diverses histoires sur les tournages de l'époque tout en commentant la personnalité de Léon GAUMONT. En 1919 il réalise son premier long métrage en dehors de cette maison, adapté d'une pièce de son père, "Le petit café", avec Max LINDER. L'année suivante il fait tourner Charles DULLIN pour la première fois dans "Le secret de Rosette Lambert" puis évoque les influences qu'ont eues sur lui David W. GRIFFITH et CECIL B. DeMILLE après la vision de "Forfaiture" dont il juge la photographie étonnante. Ces découvertes l'amènent à réfléchir à la mise en scène, à la prise de vue, à la façon de construire un décor. Il travaillera d'ailleurs avec l'architecte Robert MALLET STEVENS sur "Le miracle des loups" entre autre.  
Il termine en évoquant la personnalité de son père, sa façon de travailler, les gens qu'il fréquentaient comme Marcel PROUST ou Léon BLUM, à une période où il ne s'occupait pas encore de politique, et raconte les derniers moments de Tristan BERNARD : la guerre, l'arrestation et l'emprisonnement à Drancy dont il reviendra très malade.

Photographies en noir et blanc de : Tristan Bernard, la façade de la maison et plaque commémorative, Raymond et ses deux frères enfants, Alphonse Allais, Raymond Bernard jeune, Sarah Bernhardt. Photos de plateau : "Les vieilles femmes de l'hospice", Jacques Feyder, 1917 ;  tournage d'un film (?) ;  Photos de tournage "Le petit café", 1919 ; "Le secret de Rosette Lambert", 1920 (films Gaumont) ; Photo de tournage avec Raymond Bernard ; Photo de Lilian Gish dans "Le lys brisé", David W. Griffith, 1919 ; Portraits de Jacques Feyder, Charles Dullin, Robert Mallet-Stevens, Léon Gaumont,Tristan Bernard, la mère de Raymond Bernard, Léon Blum jeune.